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xav73 Site Admin

Inscrit le : 28 Juin 2003 Messages: 12731 Localisation : La Ravoire (73) / Villeurbanne (69)
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Posté le : Sam Juin 28, 2008 20:46 Sujet du message: Paulino Alcántara |
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Paulino Alcántara, fierté de tout un pays...
Sa légende est née le 30 avril 1922 au Stade Sainte Germaine au Bouscat dans la banlieue bordelaise. Ce jour-là s'y jouait un match amical opposant la France (emmenée par Jules Dewaquez et Paul Nicolas) à l'Espagne. Parmi la sélection ibérique figurait un métis d'origine philippine du nom de Paulino Alcántara qui allait inscrire deux des quatre buts de la large victoire espagnole (4-0). Un de buts allait rester dans les annales : une frappe des 25 mètres d'Alcántara transperça littéralement, au sens premier du terme, les filets du malheureux portier français Emile Friess. Un gardien impuissant, des filets déchirés et un public à ses pieds, ainsi naquit la légende de Paulino Alcántara qui de cette anecdote allait garder le surnom de El Trencaxarxes ou El Romperredes (*), suivant si l'on est catalan ou castillan... Mais résumer la carrière d'Alcántara à ce simple fait, en lui-même insignifiant, serait faire injure à ce joueur qui fut à la fois international philippin, catalan et espagnol ! Paulino Alcántara vit le jour le 7 octobre 1896 à Iloilo, une des îles des Philippines, d'un père militaire dans cette colonie espagnole et d'une indigène. Durant ses premières années, il passa des heures et des heures à jouer dans les rues en compagnie de son frère Fernando, révant d'être un jour footballeur dans la métropole si lointaine... Mais rapidement, la montée de la violence et les changements politiques aux Philippines (*) obligèrent la famille Alcántara à rentrer en Espagne et Paulino allait passé plusieurs années dans un collège jésuite de Barcelone. La passion du football étant la plus forte, on le retrouve pourtant dès l'âge de 13 ans dans les rangs d'un club modeste de la capitale catalane, le Galeno, où il brilla balle au pied. Tant et si bien qu'il commença à attirer l'attention des dirigeants du FC Barcelone qui n'hésitèrent pas à l'engager moins d'un an plus tard malgré son jeune âge, voyant en lui un futur prodige. On peut guère leur donner tort avec le recul... Paulino Alcántara allait débuter sous les couleurs blaugranas le 25 février 1912 face au Català SC en Championnat de Catalogne (lors d'une victoire triomphale 9 à 0), inscrivant à l'occasion un retentissant hat-trick qui en fait encore aujourd'hui le plus jeune buteur de l'histoire du club à 15 ans, 4 mois et 18 jours. (*) Dire que les médecins lui avaient conseillé d'abandonner le football un sport si sauvage et brutal pour son frèle gabarit ! La saison suivante, Alcántara participa au triplé Coupe du Roi-Championnat de Catalogne-Coupe des Pyrénées avant de s'imposer au fil des années comme le leader de l'attaque catalane. Cependant, et malgré les promesses que semblaient laisser augurer ses débuts en fanfare, les soubresauts de l'histoire le rattrapèrent à nouveau lorsque lui et sa famille durent à nouveau effectuer un voyage de plusieurs milliers de kilomètres, direction ... les Philippines, où le climat politique semblait apaisé. Un voyage qui allait tourner à la suite rocambolesque d'anecdotes plus étranges les unes que les autres. Tout d'abord, on tenta de le dévaliser lors d'une escale à Colombo (Ceylan), où son bateau faisait escale. Une broutille au vu de la suite. A Singapour, bien que prévenu de la présence de nombreux requins dans la zone, Alcántara et quelques amis décidèrent d'échapper à l'étouffante chaleur en ... se baignant. Si les requins restèrent à l'écart du groupe, une blague faillit mal tourné. Un ami de Paulino s'approcha et lui mordit la jamba, simulant l'attaque d'un squale, provoquant la panique du goleador philippin qui manqua de peu de mourir noyé ! L'ultime péripétie du voyage eut lieu à l'arrivée aux Philippines lorsque le bateau heurta des roches près de la côte provoquant des entrées d'eau dans la coque. Pour arriver à bon port sereinement, le capitaine du navire décida que tout les passagers dormiraient dans des parties sûres du bateau, en l'occurence la cale. Résultat, Alcántara arriva à destination après avoir dormi pendant plusieurs nuits sur une caisse de pin, le cercueil d'un Phillipin décédé en Espagne ! Une odyssée à une époque où les transports étaient quelque peu plus folkloriques qu'actuellement...
De retour au pays, Paulino Alcántara continua ses études de médecine qu'il avait débuté à Barcelone, jouant également pour un club local, les Bohemians de Manille. Il devint également un crack du tennis de table, terminant même vice-champion de l'archipel. Grâce à ces performances, Alcántara fut sélectionné pour participer aux Jeux de l'Extrême Orient dont la 3ème édition se déroulait en 1917 au Japon en tant que footballeur (dans un tournoi à 3 avec le Japon et la Chine) mais aussi comme pongiste. Il prit une part active dans le succès des siens face au Japon 15 à 2 (ce qui constitue toujours la plus large victoire de l'équipe nationale philippine) mais dût se contenter de la deuxième place après une défaite 3-0 face à la Chine, dans un match où les Philippines quittèrent, semble-t-il, le terrain pour protester contre un penalty controversé accordé aux Chinois. A titre personnel, il prit également la seconde place du tournoi de tennis de table. Des performances qui lui valurent de devenir un véritable héros pour tous les philippins. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, le FC Barcelone n'était pas au mieux sans la présence de son prolifique buteur, échouant deux années de suite dans sa quête du Championnat de Catalogne et les Culés cherchaient la solution pour retrouver leur rang. Quelqu'un au club se souvint d'Alcántara, et on décida d'envoyer de toute urgence un télégramme aux Philippines pour demander le retour de Paulino en Espagne. Sans succès, ses parents refusant de retourner en Espagne au motif que leurs racines étaient aux Philippines. Par malheur, Paulino contracta courant 1917 la malaria et il s'en servit alors comme d'un moyen de pression sur ses parents pour pouvoir revenir à Barcelone, les menaçant de ne pas prendre ses médicaments contre le paludisme s'ils ne laissaient pas retourner en Europe. On ne sait pas s'il mit ses menaces à exécution mais le fait est que quelques mois plus tard en 1918, Alcántara faisait à nouveau partie de l'effectif du Barça. Paulino avait désormais 22 ans et ses qualités devant le but étaient intactes. Néanmoins, l'entraîneur du club, l'Anglais Jack Greenwell le fit jouer au poste de défenseur, une expérimentation qui ne dura guère. Sous la pression des socios (qui menacèrent de ne plus payer leurs abonnements si Alcántara ne retrouvait pas son poste d'attaquant), Greenwell fit vite chemin arrière et plaça le Philippin à la pointe de l'attaque blaugrana...
(*) Pour les allergiques à toute langue étrangère, sachaient que xarxa en catalan et red en espagnol signifient tout les deux dans ce cas-là "filet". Ce surnom pourrait se traduire en filet par "Le Casseur de Filets".
(*) En 1899, le traité de Paris signé entre les Etats-Unis et l'Espagne (mettant fin à la guerre hispano-américaine) clôt la domination espagnole sur les Philippines. En échange de 20 millions de dollars, l'Espagne cède alors ses dernières possessions d'Amérique Latine - Cuba et Porto-Rico -, ainsi que les Philippines. Des combats pour l'indépendance dureront jusqu'en 1902. En 1935, le Commonwealth des Philippines est créé avec comme premier président du pays Manuel Quezón ; l'indépendance est prévue dans les 10 ans mais suite à la Seconde Guerre mondiale et l'invasion japonaise qui commença le 8 décembre 1941, elle n'aura lieu qu'en 1946.
(*) Etrangement, les débuts d'Alcántara sous le paletot barcelonais sont parfois datés du 14 Août 1912, lors d'un match amical à Sabadell, conclu par une victoire 8 à 2 et là aussi un triplé de notre philippin. Dur de démêler le vrai du faux, près de 90 ans plus tard... _________________
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xav73 Site Admin

Inscrit le : 28 Juin 2003 Messages: 12731 Localisation : La Ravoire (73) / Villeurbanne (69)
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Posté le : Dim Juin 29, 2008 11:10 Sujet du message: |
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Paulino Alcántara, fierté de tout un pays... (2)
Avec Paulino Alcántara, mais aussi des joueurs comme Ricardo Zamora, Josep Samitier, Sagibarbá et plus tard Franz Platko, s'ouvrait, durant les années 20, le premier âge d'or du club catalan. En une décennie, le FC Barcelone allait s'affirmer comme un poids lourd sur la scène catalane mais aussi espagnole remportant 5 Coupes du Roi (en 1920, 1922, 1925, 1926 et 1928), véritable Championnat d'Espagne avant la création de la Liga, ainsi que la première Liga de l'histoire en 1929. Des succès à l'origine du déménagement du club pour un nouveau stade, Les Corts, inauguré le 20 mai 1922 lors d'un amical face aux Ecossis de Saint-Mirren. Le premier joueur blaugrana à inscrire un but dans cette nouvelle enceinte fut, est-ce une surprise, Paulino Alcántara. Pour être précis, le tout premier but fut inscrit par l'écossais Birrel ... contre-son-camp ! En 1923, le Barça effectua une tournée triomphale au Royaume-Uni, se confrontant à des équipes comme Dundee United, authentique géant à l'époque. Les spectateurs britanniques eut alors l'occasion de découvrir tout le talent de l'attaquant philippin. Il fit une telle impression que le capitaine écossais, Jack Ross, déclara "Cet Alcántara est le meilleur joueur que je n'ai jamais vu. S'il était né en Grande Bretagne, il serait devenu millionaire en jouant dans le championnat anglais." De nombreux succès donc mais aussi de nouvelles anecdotes. Comme lors de ce match de Coupe du Roi lors de la saison 1918/19 face à la Real Sociedad où une frappe d'Alcántara trouva sur son chemin un membre des forces de sécurité qui finit en compagnie du ballon dans la cage basque. Nul ne sait si le but fut accordé ou non. Une autre époque, d'autres mœurs... Les performances de Paulino sous les couleurs culés lui ouvrirent les portes de la sélection espagnole qui vivait alors ses premiers pas. Il fut sélectionné pour les Jeux Olympiques d'Anvers en 1920 mais dut décliné l'invitation pour cause d'examens à la Faculté de Médecine. Il ne fit donc pas partie des 11 premiers joueurs appelés (notamment ses coéquipiers Zamora et Samitier mais aussi le non moins célèbre Pichichi) à défendre les couleurs ibériques pour le premier match international de l'Espagne face au Danemark en terre belge. Revanche prise un an plus tard lors du premier match de l'Espagne sur ses terres, à Bilbao, face, hasard du destin, à la Belgique. Un match remporté 2-0, un doublé d'Alcántara bien sûr ! Donnant la priorité à ses études, il ne fut au final sélectionné qu'à 5 reprises sous les couleurs espagnoles inscrivant tout de même 6 buts. Outre les Philippines et l'Espagne, Paulino Alcántara évolua également sous le maillot catalan, comptabilisant 6 capes entre 1915 et 1924 (pour 4 buts).
Alcántara raccrocha définitivement les crampons en 1927 à l'âge de 31 ans au sommet de son art pour exercer le métier de médecin dans une clinique privée de Barcelone. Son jubilé fut l'occasion de voir s'affronter le Barça et la sélection espagnole aux Corts. Caprice de l'histoire, il mit un terme à sa carrière tout juste un an avant que ne naisse le premier championnat professionnel espagnol, la Liga. Il ne participa donc pas à la conquête de la première Liga par les Blaugranas et ne concourut jamais pour le titre de Pichichi, pouvant toutefois s'enorgueillir d'avoir affronté sur un terrain le footballeur basque (Rafael Moreno Aranzadi) au nom désormais si célèbre. Son ultime expérience footballistique eut lieu en 1951, lorsque qu'il fut nommé sélectionneur espagnol en compagnie de Félix Quesada et de Luís Iceta. Un triumvirat qui obtint des résultats contrastés (une victoire face aux Helvètes et deux matchs nuls) durant trois matchs, face à la Suisse, la Suède et la Belgique. Assez de temps pour qu'Alcántara puisse voir qu'être un bon joueur et êtr un bon entraîneur étaient deux choses distinctes. Il démissiona donc de son poste cette même année et se mit en retrait du monde du football pour se consacrer à nouveau à son métier de médecin. Paulino Alcántara décéda dans sa ville d'adoption de Barcelone le 13 Février 1964 à l'âge de 67 ans. Un personnage atypique à la vie digne d'un roman, il fut d'ailleurs le premier footballeur à écrire son autobiographie durant les années 20, un buteur hors pair et hors norme aux frappes légendaires. Cependant, dur de différencier tant d'années plus tard la légende de la réalité, l'affabulation de la vérité, l'anecdote véridique du détail enjolivé... Quoiqu'il en soit Paulino Alcántara reste et restera éternellement un personnage à part dans l'histoire du club catalan pour lequel il inscrivit la bagatelle de 356 buts en 357 matchs, ce qui fait de lui, et certainement à jamais, le meilleur buteur de l'histoire du Barça loin devant son compère Josep Samitier, l'homme langouste, (326 buts), ou des légendes comme László Kubala dont le compteur affiche tout de même 243 buts pour les Culés ! Sa prodigieuse carrière (décuple vainqueur du Championnat de Catalogne, quintuple vainqueur de la Coupe du Roi) en fait également le premier joueur "asiatique" à évoluer en Europe, à une époque où les voyages tenaient parfois plus de l'aventure que de la simple promenade de santé. Une carrière aux anecdotes savoureuses et plus extravagantes les unes que les autres, son parcours de médecin y compris. On ne compte plus le nombre de patients qui feignèrent juste une indisposition passagère pour s'approcher de lui, écouter de vive voix le récit de ses exploits, sa version du fameux but de Bordeaux. Tous voulaient savoir comment avait-il pu tirer si fort, avec tant de violence, pour déchirer le filet. A tous, Alcántara donnait la même réponse. Il haussait des épaules et déclarait qu'il fallait demander au ballon. Malheureusement, cette balle n'a jamais voulu livrer le secret de la lourde frappe de l'éternel Romperredes...
Sur les traces du pionnier...
Si Paulino Alcántara fut le premier joueur asiatique à évoluer en Europe, d'autres suivirent très tôt son exemple durant l'entre-deux-guerre. On peut citer Hossein Sadaghiani, premier joueur iranien à évoluer à l'étranger qui fit notamment durant plusieurs saisons les beaux jours de Charleroi. Surnommé "Panne de verre", à cause d'une calvitie précoce, il fit montre de ses talents de buteurs pour les Carolos, inscrivant 14 buts lors de la saison 1930/31, puis 13 la saison suivante. On perd ensuite quelque peu sa trace, le revoyant apparaître épisodiquement sous les couleurs noires et blanches, puis en Turquie (Fenerbahçe) et en Autriche (Rapid Vienne). Il devint par la suite le premier sélectionneur de l'équipe nationale iranienne en 1941 et même le coach personnel du Shah d'Iran !
Autre pionnier, l'Indien Mohammed Salim, né en 1904 à Calcutta, qui porta les couleurs du Celtic Glasgow. Il débuta sa carrière dès l'âge de 9 ans à la Chittaranjan Football Academy de Baghnan. Quelques années plus tard, sous les couleurs du Mohammedan Sporting, il remporta trois fois consécutivement la Calcutta Football League, la plus ancienne compétition footballistique en Asie créée en 1898, de 1934 à 1936. Ayant pris une part importante dans ses succès, le jeune Salim fut invité avec son équipe à disputer un amical contre l'équipe chinoise olympique. Au dernier moment, il déclina l'invitation préférant prendre un bateau pour Southampton via Le Caire sur l'insistance de son cousin anglais Hashim qui voulait qu'il démontre ses talents en Europe. Par l'entremise de son cousin, il décrocha un essai au Celtic Glasgow. Seul problème, les Ecossais ne voulaient pas offrir un essai au jeune homme s'il persistait à jouer pieds nus. Finalement, les dirigeants du Celtic cédèrent et Salim put démontrer ses qualités devant un parterre de 100 membres du clubs. Un essai assez convaincant pour que les Glaswegians l'engagent pour les matchs de pré-saison. Des rencontres qui tournèrent à la démonstration, mené par un exceptionnel Salim, le Celtic battit Hamilton 7-1 puis Gaston 5-0 ! Après ces deux premiers matchs, les journaux étaient conquis, le Scottish Daily Express titra "Le Jongleur Indien - Un nouveau style" affirmant que "Les dix orteils scintillants de l'Indien Salim avaient hypnotisé la foule de Park Head". Mais quelques mois plus tard, c'est un Salim, nostalgique et blessé que devait prendre le bateau du retour, abandonnant sa carrière professionnelle en Ecosse pour retourner au pays. Les dirigeants du Celtic avaient essayé de le retenir en lui offrant 5% des recettes d'un match de charité organisé en son honneur. Salim déclina l'offre, préférant que l'argent soit donné à des orphelins. Au final, la somme atteint 1 800 £, une somme énorme à l'époque, mais Mohammed Salim tint parole et donna cette somme comme il l'avait promis. Deux personnages que l'Iranien Hossein Sadaghiani (ou plutôt le Persan, pour être tout à fait historiquement correct) et l'Indien Mohammed Salim, symboles, tout comme Paulino Alcántara, d'un football d'un autre temps, cocasse par moment, mais finalement si attachant... _________________
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